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Détermination de la lumination à la prise de vue
 
Influence de l'allongement du tirage
 
 
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1994 - Contorsions in ovo ! (prise de vue réalisée en studio sur film 120 inversible à l'aide d'un Mamiya C220 à soufflet monté sur statif de reproduction équipé de quatre sources de lumière tungstène).
 
 

Contrairement à cette naissance provoquée (par le photographe), rappelons qu’habituellement, l’éclosion des oiseaux n’est pas « assistée ». Au 21e jour d’incubation, ne pouvant compter que sur lui-même, le poussin doit mettre en œuvre toutes ses forces et son « savoir-faire » pour briser sa coquille. Mais, « prévoyant de nature », il prépare en fait sa délivrance en renforçant son bec ! A l’extrémité de sa mâchoire supérieure (culmen), il développe avant la naissance une petite pointe cornée (de couleur jaune sur la photo) que l’on appelle le diamant. Ainsi, cet outil forgé spécialement – qu’il perd peu de temps après l’éclosion –, lui permet, dans un mouvement brusque du bec, de faire éclater localement la coquille. Un travail toutefois insuffisant qu’il doit poursuivre par des assauts répétés en ayant par ailleurs la « bonne idée » de se tourner à l’intérieur de sa coque de façon à la découper progressivement (en quelques heures) en deux hémisphères. Ensuite, il ne lui reste plus qu’à se détendre vigoureusement pour séparer les deux parties de la coquille et se dégager enfin de sa prison natale ! Hormis le privilégié ci-dessus dont l’éclosion fut généreusement facilitée, tous les congénères qui ne respecteraient pas scrupuleusement ce procédé seraient condamnés à mourir dans leur coquille !

La photographie rapprochée qui contribue entre autres à mettre en valeur les merveilles de la nature et notamment... de l'éclosion des oiseaux, est un domaine très vaste au regard de la diversité des sujets photographiques s'y prêtant et de l'étendue de la gamme des grandissements possibles. Beaucoup de livres traitant de la prise de vue rapprochée ont été écrits, mais nous voudrions seulement souligner ici l'une de ses particularités, oubliée depuis la généralisation de l'automatisme de l'exposition : l'influence de l'allongement du tirage sur la lumination.

 
Définition du tirage

Préalablement, remémorons-nous quelques principes d'optique relatifs aux images données par les lentilles convergentes. Si le sujet est à l'infini (à plusieurs dizaines de mètres), son image se situe dans le plan focal image ; si le sujet est proche de la lentille mais toutefois à une distance supérieure à la focale, son image se situe en arrière du plan focal image. La figure 1 illustrant ce deuxième cas montre la construction de l'image S' d'un sujet S situé à une distance p du centre optique de la lentille. Alors qu'avec un sujet à l'infini, la distance p' séparant la lentille (l'objectif) de l'image se réduirait à celle de f, nous observons ici qu'elle surpasse la distance focale. Habituellement en photographie, c'est cette distance p' qui est nommée tirage (1) de l'appareil (ne pas confondre avec l'opération du même nom, postérieure au traitement du film négatif).
 
 
Figure 1 : Construction de l'image S' d'un sujet S situé à 120 mm d'une lentille convergente dont la focale est de 90 mm. Nous avons :

S = Sujet
L = Lentille convergente
O = Centre optique
PFI = Plan focal image
F' = Foyer principal image
S' = Image du sujet
p = Distance lentille - sujet
p' = Distance lentille - image = Tirage
f = Distance focale
a = Distance plan focal - image

La relation de Descartes 1/p + 1/p' = 1/f nous donne le tirage : p' = 360 mm, ce dernier nous permettant de calculer le grandissement : G = p'/p = 3
 
 

En photographie rapprochée, pourquoi et comment tenir compte du tirage dans la détermination de la lumination ?

Sachons que tous les posemètres sont étalonnés pour des sujets à l'infini ou, autrement dit, pour un tirage égal à la distance focale de l'objectif. Pour des sujets non à l'infini, le plan du film doit se décaler (opération de mise au point) en arrière du plan focal image pour se confondre exactement avec l'image du sujet. De ce fait, l'éclairement au niveau de l'émulsion diminue, les indications du posemètre exigent alors une correction dans le sens d'une augmentation de la lumination, celle-ci compensant l'allongement du tirage.

Sans l'emploi d'accessoires tels que bagues-allonges ou soufflets, les appareils photographiques courants n'autorisent qu'une variation minime du tirage, celle-ci n'influençant pas significativement la lumination. Par contre, en photographie rapprochée, la recherche de grandissements élevés – en utilisant un matériel adapté – nécessite une augmentation notable de la lumination de base (celle prévue pour un objet à l'infini) car l'extension du tirage devient considérable (quelques exemples sont donnés au tableau 1). Le grandissement (G) se calcule facilement grâce aux formules classiques S' / S ou p' / p.

Pour corriger la lumination, on peut intervenir soit sur l'ouverture de diaphragme, soit sur le temps d'exposition (2) en se servant de l'une ou l'autre des formules équivalentes du tableau 2. Ainsi, dans l'hypothèse d'une combinaison de base de f/22 - 1 s, d'une distance focale de 80 mm et d'un tirage de 160 mm, il faudrait appliquer – au choix – l'ouverture corrigée f/11 avec le temps de base de 1 seconde ou le temps corrigé de 4 secondes avec l'ouverture de base de f/22.

 
G
Augmenter l'ouverture du
diaphragme de : (divisions)
Ou multiplier le temps
d'exposition par :
     
0,40
1
2
1,00
2
4
1,75
3
8
3,00
4
16
4,50
5
32
6,85
6
64
10,00
7
128
 
Tableau 1 : Correction à apporter à l'ouverture de diaphragme ou au temps d'exposition en fonction de quelques valeurs de grandissement.
 
 
Tableau 2 : Pour corriger la lumination, on peut intervenir soit sur l'ouverture de diaphragme, soit sur le temps d'exposition en se servant de l'une ou l'autre des formules équivalentes ci-dessus.
 

Même si aujourd'hui avec la mesure TTL – effective pour tous les petits et moyens formats, les chambres professionnelles et tous les appareils photo numériques – il est permis d'ignorer ces corrections de lumination liées à l'extension du tirage, nous pensons qu'il n'est pas superflu de temps à autre de calculer comme le faisaient jadis les pionniers de la photographie, ne serait-ce que pour éviter certaines surprises désagréables en photographie rapprochée !

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1. Notons que ce terme n'a pas été défini par le Comité de Normalisation de la Photographie et que de rares auteurs l'attribuent à la distance a séparant le plan focal image de l'image S'. La définition retenue ici est celle dictée par le langage courant de la profession mais aussi celle du Lexique photo-cinéma du Conseil International de la Langue Française, 1972.
2. Quel photographe ne connaît-il pas par cœur l'échelle (normalisée) des ouvertures de diaphragme : f/1 - f/1,4 - f/2 - f/2,8 - f/4 - f/5,6 - f/8 - f/11 - f/16 - f/22 - f/32 - f/45 - f/64 - f/90 ainsi que celle (également normalisée) des temps d'exposition : 1 - 1/2 - 1/4 - 1/8 - 1/15 - 1/30 - 1/60 - 1/125 - 1/250 - 1/500 - 1/1000 - 1/2000 de seconde !

 
 
Copyright © Claude Bouchot