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Notions de sensitométrie
 
Hurter et Driffield, fondateurs de la sensitométrie
 
 

Le 7 mai 1890 en introduisant leur remarquable exposé devant la Society of Chemical Industry, Ferdinand Hurter et Vero Charles Driffield peuvent scientifiquement affirmer grâce à leurs travaux dont les résultats seront publiés quelques jours plus tard (1) : « L’obtention d’une image parfaite par le moyen de la photographie est un art ; l’obtention d’un négatif techniquement parfait est une science. » Ces deux savants jettent alors les bases de la sensitométrie, premier pilier de la photographie argentique… et numérique !

Depuis la fin du XIXe siècle où Hurter et Driffield ont donc établi les principes de la sensitométrie, ces derniers sont appliqués dans le monde entier. Certes, avec le progrès de la technologie dans l'industrie des surfaces sensibles et du matériel photographique, les procédures et les méthodes de mesure se sont considérablement perfectionnées, mais les règles fondamentales demeurent.

 
 
     
Ferdinand Hurter (1844-1898)   Vero Charles Driffield (1848-1915)
 
 
 
Titre de la plus importante des publications de Hurter et Driffield.
 

Etymologiquement, sensitométrie signifie mesure de la sensibilité, mais le sens du terme est étendu à tout ce qui concerne les caractéristiques des films et papiers photographiques. Bref, c’est la science dont l'objet d'étude est la relation de la lumière avec la surface sensible.

Grâce aux recherches de ces deux fondateurs de la sensitométrie, on peut parler d’une mathématisation de la photographie. En étudiant les réponses de surfaces photographiques exposées à différentes « quantités de lumière », ces pionniers ont pu notamment pour la première fois tracer la courbe sensitométrique – voir exemples ci-dessous – des surfaces sensibles explorées et ainsi représenter mathématiquement cette relation (densités en fonction du logarithme des luminations). Une courbe de noircissement photographique appelée aussi courbe H&D en l’honneur des deux savants.

 
Ces courbes caractéristiques – véritablement historiques – sont les premières à avoir été publiées… le 31 mai 1890 par les deux savants précités. Représentatives de la réponse de surfaces photographiques testées au début de l’ère argentique, on remarquera que leur allure générale n'a pas fondamentalement changé depuis ce temps héroïque de la sensitométrie, même avec l’éclosion des films argentiques « modernes » environ 80 ans plus tard (2).  
 

Mais aujourd'hui avec l'acquisition d'un appareil photographique – inévitablement automatique dans notre ère du tout numérique – quiconque devient photographe du jour au lendemain ! Il n'est plus nécessaire comme jadis d'apprendre les fondements de la photographie que sont la sensitométrie, la photométrie et l'optique. On ne demande plus au photographe d'être technicien, on n'exige plus de lui, ni réflexions, ni calculs : l'électronique s'en charge ! Cependant, malgré la facilité apparente apportée par cette dernière dans l'exercice de leur activité, bon nombre de photographes avertis continuent à réfléchir « sensitométriquement » et n'hésitent pas à passer en mode manuel afin de pouvoir contrôler encore plus la qualité de leurs images ! D'ailleurs, la préparation à la prise de vue – entre autres – implique toujours de nombreux choix raisonnés fondés essentiellement sur les connaissances techniques, la sensibilité artistique et l'expérience de l'opérateur.

Loin d'être une science abstraite réservée aux spécialistes, la sensitométrie apporte aux photographes – que l'action et la passion animent – une méthode de raisonnement contribuant à définir les meilleurs paramètres d'exposition et de développement (tant argentique que numérique). De surcroît, ce raisonnement permet de prévoir le résultat final en ne laissant que très peu de place au hasard, une rigueur exigée particulièrement en photographie scientifique où généralement l'opérateur n'a pas droit à l'erreur.

Notons enfin que la sensitométrie numérique repose sur les mêmes bases que celles de son aînée, la sensitométrie argentique. Toutefois, l'opérateur désormais assis confortablement devant son ordinateur n’a plus aucun mal à maîtriser le rendu de ses images. Oublié, le stress inhérent au processus de traitement des films ! Dorénavant, l’ajustement du contraste, pour ne citer que ce critère, apparaît presque comme un jeu d'enfant ! En photographie argentique, rien que pour obtenir une courbe sensitométrique d'une pente donnée – souvenez-vous amis photographes qui avez « viré » comme moi au numérique – il fallait, à la phase de traitement du négatif, déterminer méticuleusement la durée de développement, temps strict en lien avec au moins neuf variables dont la dilution du révélateur, l'agitation, la température et surtout le coefficient de contraste de développement (3) choisi !

Il n'était que juste de rendre hommage ici à Hurter et Driffield – deux savants aussi géniaux que méconnus – qui par leurs travaux de pionniers en matière de sensitométrie ont ainsi fait passer la photographie du domaine de l’empirisme à celui de la science !

 
 
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1. Ferdinand Hurter, Vero Charles Driffield, « Photo-chemical investigations and a new method of determination of the sensitiveness of photographic plates », The Journal of the Society of Chemical Industry, N° 5, Vol. IX, 31 mai 1890, p. 455-469.
2. Les quatre illustrations de cette page ont été reprises du Memorial Volume containing an account of The Photographic Researches of Ferdinand Hurter and Vero C. Driffield (Edited by W. B. Ferguson), London : The Royal Photographic Society of Great Britain, 1920, p. 10/400, 16/400, 76, 112.
3. Elément fondamental en photographie, le coefficient de contraste de développement (ou CCD, à ne pas confondre avec les capteurs CCD) est en relation directe avec le temps de développement. La valeur de CCD choisie par le photographe dépend du contraste de négatif souhaité – autrement dit de la gradation de papier utilisée de préférence par le tireur – mais aussi du contraste de l'image optique du sujet qui peut être extrême pour certaines prises de vue. Plus précisément, le CCD est égal au contraste du négatif / contraste de l'image optique du sujet. Or, on sait effectivement que la durée de développement du film a une action directe sur le CCD. Plus le développement est poussé, plus la valeur de CCD est élevée et plus le contraste du cliché tend vers un maximum. En fait, le CCD s'avère être un des paramètres les plus importants du temps de développement. En choisissant judicieusement sa valeur, ce sont déjà réellement les conditions de tirage du négatif qui sont anticipées. Pour un sujet normalement contrasté, un CCD moyen (0,55 à 0,65) donnera un négatif de contraste moyen nécessitant au tirage une gradation normale de papier photographique.
 
 
Copyright © Claude Bouchot