Au village, en ce mois d'octobre 2006 particulièrement clément, Jacques Poinçot – agriculteur expérimenté et constamment ouvert aux progrès techniques – n'est pas peu fier de sa CIPAN (culture intermédiaire piège à nitrate) : « C'est la première fois depuis que je suis paysan que je fais ça » s'exclame-t-il en embrassant du regard son magnifique champ regorgeant de fleurs jaunes !
Mais pourquoi donc l'implantation de ces cultures intermédiaires avant la période hivernale ? Les chercheurs du centre INRA de Toulouse travaillant – entre autres – sur ce thème depuis longtemps sont les plus qualifiés pour nous expliquer le rôle premier des CIPAN : « La minéralisation de l’azote organique du sol (humus) en nitrate (azote minéral), phénomène naturel, inévitable et continu, se poursuit en automne et hiver, lorsque le sol n’est pas couvert par une culture. Or, c’est durant cette période d’interculture que les fuites de nitrate vers les eaux profondes se produisent sous l’impact de l’excédent de pluviométrie. Aussi, pour réduire la pollution nitrique, il peut être nécessaire d’implanter en interculture des cultures intermédiaires pièges à nitrate. Leur rôle va être d’épuiser le sol en nitrate avant la période hivernale durant laquelle se produit le drainage et la lixiviation des ions nitrate vers les nappes [...] Elles ont également un effet sur le bilan en azote car, en plus de la réduction des fuites de nitrate, les CIPAN vont restituer une partie de l’azote piégé dans la plante à la culture suivante après leur enfouissement et leur décomposition dans le sol » (1).
Outre leur capacité à fixer l'azote du sol pour en restituer une partie à la culture suivante, les CIPAN – grâce à l'important système radiculaire des plantes mises en place – contribuent nettement à l'ameublissement du sol en profondeur et à son enrichissement en matière organique. D'autre part, ces cultures intermédiaires laissent difficilement la place aux mauvaises herbes. Enfin, le couvert, en atténuant l'impact des gouttes d'eau de pluie sur le sol, limite le ruisellement et l'érosion.
Jacques Poinçot qui, par ailleurs, vient de commencer à expérimenter le semis direct, est même convaincu que le non labour renforcera notablement l'intérêt de sa culture intermédiaire. En tout cas, l'audacieux agriculteur royaumeixois est bien décidé de poursuivre sur sa lancée : « Si j'ai la patience d'attendre, je ne labourerai pas et après dessèchement de ma CIPAN avec du Roundup, sèmerai du maïs au printemps à l'aide d'un semoir adapté » confie-t-il, fort de cette conviction et avec confiance en l'avenir !