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Le tirage par agrandissement
 
Détermination de la lumination au tirage
 
 

De nature semblable, cette opération est aisément comparable à la détermination de la lumination à la prise de vue. Ainsi, le négatif s'assimile au sujet, l'objectif de l'agrandisseur à celui de l'appareil photographique, l'émulsion positive à l'émulsion négative, la lumière transmise par le négatif à la lumière réfléchie par le sujet, la mesure TTL effectuée au moyen du posemètre d'agrandissement à la mesure TTL de la prise de vue... Nous pourrions poursuivre ce parallèle en considérant également, un par un, les principaux paramètres de la lumination qui, au tirage, sont à peu près les mêmes qu'à la prise de vue. Mais il semble plus utile de dégager tout de suite les deux particularités majeures de la détermination de la lumination au tirage car de celles-ci, découlera notre manière d'aborder cette opération cruciale initiant la dernière phase du processus photographique.

– Primo, le contraste le l'image du négatif devant être égal à la latitude d'exposition (gradation utile) de l'émulsion positive, la tolérance d'exposition est par conséquent nulle. C'est pourquoi au tirage, aucune incertitude n'est admise dans l'application de l'exposition (figure 1).

– Secondo, cette lumination optimum peut se déterminer à l'aide d'un posemètre d'agrandissement ou en procédant à des essais méthodiques.

 
 
Figure 1 : L'exposition de l'émulsion positive doit assurer la parfaite coïncidence entre la gamme des luminations de l'image du négatif et la portion utile de la courbe (A). Des hautes lumières sans détails sont la conséquence d'une sous-exposition (B). Une surexposition (C) entraîne le même effet sur les ombres de l'épreuve. On suppose ici que l'opérateur maîtrise convenablement l'équilibre de la relation contraste de l'image du négatif / gradation du papier.
 
 

Usage du posemètre d'agrandissement

La mesure à l'aide d'un posemètre, de l'image projetée sur le plateau de l'agrandisseur ressemble beaucoup effectivement à la mesure TTL de la prise de vue. Au tirage, de la même façon, le posemètre d'agrandissement donne le moyen de contrôler automatiquement – grâce à une mesure que l'on peut qualifier aussi de TTL – la plupart des paramètres de la lumination. Par contre, comme à la prise de vue, quelques-uns sont difficilement contrôlables et exigent un tant soit peu de raisonnement. Notamment, vis-à-vis du problème du « contenu » de l'image du négatif, il faut préférer la mesure sélective à la mesure globale car là également, les deux principes de mesure coexistent.

Avec les émulsions positives, la loi de réciprocité ne se vérifie pas non plus et pareillement à ce qui se passe à la prise de vue, la correction à apporter à la lumination est fonction de l'émulsion utilisée. Heureusement, d'une façon générale, les écarts de réciprocité ne sont pas très importants dans l'intervalle de temps d'exposition compris entre 1 et 20 secondes.

Finalement, c'est surtout la prise en compte du paramètre « sensibilité de l'émulsion positive » qui demande de l'attention puisque l'opérateur est astreint à un étalonnage préliminaire du posemètre, opération à réaliser, il est vrai, une fois pour toutes spécifiquement à la marque, type et gradation de papier employé. Plusieurs fabricants proposent (proposaient) des posemètres d'agrandissement. Jetons un coup d'œil par exemple sur le Labosix Digital S de Gossen (dont le manuel d'utilisation est toujours disponible sur le site internet de la firme en question !). Cet instrument, une fois réglé sur « l'indicatif du papier » (valeur caractérisant la sensibilité du papier, à déterminer au préalable conformément au mode d'emploi du posemètre), donne le temps d'exposition à appliquer au papier concerné et au regard de l'image projetée. La mesure est sélective et s'opère dans une zone d'ombres de l'image du négatif, c'est-à-dire à l'emplacement le plus clair où des détails sont cependant perceptibles. Le Labosix Digital S permet également de connaître, grâce à une mesure sur les ombres puis sur les hautes lumières, le contraste de l'image du négatif et par conséquent, la gradation de papier à utiliser. Notons enfin qu'il s'emploie aussi bien en tirage noir et blanc que couleur.


Réalisation d'essais méthodiques

Alors que cela est extrêmement rare à la prise de vue, il est par contre très fréquent au tirage de procéder à des essais méthodiques concourant à déterminer la lumination. En photographie noir et blanc, le posemètre d'agrandissement, en fait, rivalise difficilement avec la traditionnelle « bande d'essais » qui, en dépit de son caractère primitif, conserve la faveur de nombreux photographes. Il faut dire que c'est la seule méthode garantissant, d'une façon régulière, rapide et économique, la perfection dans la recherche de la lumination exacte au tirage. Bien sûr, il ne s'agit pas d'extraire cette dernière d'une succession d'expositions désordonnées.

La meilleure approche consiste à effectuer une série d'essais selon une progression géométrique de temps d'exposition, l'ouverture du diaphragme et les autres paramètres restant constants. A l'issue de l'examen de cette première bande d'essais – afin d'affiner le temps d'exposition sélectionné – on procède alors à une deuxième série d'essais, cette fois selon une progression arithmétique. Ce qui permet après examen de retenir finalement un temps d'exposition extrêmement précis.

Lorsque l'on possède une certaine expérience, c'est-à-dire au-delà du « premier million de tirages » comme le prétend non sans humour Chenz (1), la nécessité des bandes d'essais devient controversable, mais étant donné que nous n'avons pas encore tous acquis cette expérience, voyons quels sont les principaux dispositifs utilisés habituellement pour la réalisation de ces essais méthodiques.


Utilisation d'une feuille de carton

Tout en ayant un œil sur le compte-secondes, on masque graduellement l'échantillon de papier photographique avec une feuille de carton de préférence noire (figure 2). Pour une bande de 6 essais, nous avons par exemple les temps d'exposition suivants :

 
Progression géométrique
Progression arithmétique
Essai 1
2 s
11 s
Essai 2
4 s
13 s
Essai 3
8 s
15 s
Essai 4
16 s
17 s
Essai 5
32 s
19 s
Essai 6
64 s
21 s
 
Dispositif très simple, souvent recommandé mais qui toutefois conduit à un inconvénient non négligeable, la comparaison des essais après traitement est malaisée du fait que les différentes plages délimitées sur le papier n'ont pas enregistré la même portion d'image.
 
 
Figure 2 : Réalisation d'essais méthodiques à l'aide d'une simple feuille de carton.
 
 

Utilisation d'une gamme de gris transparente

Pour la détermination de la gradation utile des papiers photographiques, nous avons déjà mentionné l'utilisation d'une gamme de gris transparente. Celle dont il est question à présent lui ressemble beaucoup ; les seules différences ont trait au nombre de plages (désormais plus petit) et à la surface de chaque plage (plus grande).

Suivant le schéma de la figure 3, on peut fabriquer une telle gamme en assemblant divers filtres neutres de façon à former une progression de densités. De ces dernières, on déduit le coefficient de chacun des filtres ou plage de la gamme. Après avoir placé la gamme de gris ainsi réalisée sur l'échantillon de papier, lui-même en place sur le plateau de l'agrandisseur, on expose l'ensemble pendant 60 secondes, durée coutumière pour cette unique exposition préliminaire. Une fois la bande d'essais traitée, supposons que nous sélectionnions l'essai n° 3. Le temps d'exposition optimum se calcule alors en divisant la durée de l'exposition préliminaire par le coefficient du filtre n° 3, ce qui donne 60 s / 4 = 15 secondes.

Sachons que de semblables gammes de gris – spécialement conçues pour la recherche du temps d'exposition au tirage – se trouvent dans le commerce spécialisé. Avec la charte Kodak de tirage par exemple, le calcul précédent est inutile. Le temps d'exposition optimum est indiqué sur le bord de l'essai jugé le meilleur.

Habituellement, on présente la gamme de gris comme un moyen rapide pour déterminer la lumination au tirage. Nous ne contredirons point cette affirmation puisqu'une seule exposition permet de réaliser de multiples essais. Cependant, il faut le souligner, l'inconvénient rencontré avec le dispositif précédent subsiste avec celui-ci.

 
 
Densité des filtres
Coefficient des filtres
     
1
0,30
2,0
     
2
0,45
2,8
     
3
0,60
4,0
     
4
0,75
5,6
     
5
0,90
7,9
     
6
1,05
11,2
 
Figure 3 : Utilisation d'une gamme de gris transparente.
 
 

Utilisation d'un banc d'essais

Le dessin de la figure 4 représente un « banc d'essais » dont la fabrication est à la portée de chacun. Sur un socle constitué d'une feuille de carton de format 15 x 18 cm (dimensions satisfaisantes pour des tirages 18 x 24 cm) sont juxtaposés 5 ou 6 volets de même nature. L'échantillon de papier photographique, une fois placé en sandwich entre le socle et les volets (fermés), on positionne alors l'ensemble sur le plateau de l'agrandisseur. La première exposition est effectuée après ouverture du volet n° 1. Après quoi, on passe aussitôt à la deuxième exposition non sans avoir oublié préalablement de fermer le volet n° 1, de décaler le banc d'essai de manière à enregistrer pour tous les essais la même portion d'image, d'ouvrir le volet n° 2 et ainsi de suite jusqu'au dernier essai de la série.

A la suite du traitement de l'échantillon de papier, pour chacune des plages différemment exposées, il est possible de choisir le même élément de comparaison, avantage propre à ce dispositif auquel par ailleurs, nous n'attachons pas d'inconvénients notables. Notons que l'on trouvait aussi dans le commerce (vers la fin des années 70) des bancs d'essais analogues à celui présenté à la figure 4. Ceux-ci étaient en matière synthétique et les volets, coulissants mais le principe d'utilisation restait le même.

 
 
Figure 4 : Banc d'essais en carton de fabrication artisanale.
 
 
Recommandations pour la réalisation des essais
 
– Communément, par mesure d'économie, un essai ne porte pas sur la totalité de l'image projetée mais il est nécessaire par contre, qu'il se rapporte à une portion représentative de l'image où se trouvent réunies à la fois des valeurs extrêmes (ombres et hautes lumières) et des valeurs moyennes.
– Il est souhaitable que cette portion représentative de l'image concerne tous les essais effectués, d'où l'intérêt du banc d'essais.
– Veiller à maintenir un rapport raisonnable entre le format des essais et celui des tirages définitifs. 3 x 13 cm pour le premier et 18 x 24 cm pour le second est chose acceptable (l'idéal étant bien sûr 18 x 24 cm pour les deux) et selon cet exemple, il est possible de tirer 6 essais contigus sur une feuille de papier de format 13 x 18 cm.
– Les conditions de développement des essais sont obligatoirement celles des tirages définitifs.
– Pareillement, pour le jugement des bandes d'essais, les conditions d'éclairage doivent être les mêmes qu'au moment de l'observation des tirages définitifs, recommandation très importante en tirage couleur.
– Avant de les juger, attendre que les bandes d'essais soient sèches (ou ressuyées) particulièrement si elles ont été réalisées avec du papier à surface mate.
 
 
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1. Chenz et Sieff, La Photo, Ed. Denoël, Paris, 1976.
 
 
A suivre :

Recommandations générales au tirage
 
 
Copyright © Claude Bouchot